« Il faut que les perspectives deviennent meilleures », Rémy Montrieux

Vivement que le bâtiment, d'une façon générale, retrouve l'activité d'il y a trois ans. C'est une activité de renouvellement, où il y a un besoin, où il n'y a pas d'importations ou très peu, et où il y a des savoir-faire qu'il faut surtout garder.
Il y a des crises tous les 10 ans, on est habitué. Mais d'habitude, cela dure un an ou deux ans. Là, cela fait deux-trois ans. Cette crise expliquera les difficultés à se loger dans cinq ans.
Retrouver un bon rythme de construction
C'est une préoccupation de tous les entrepreneurs en ce moment. Chez Rairies Montrieux, on n’a pas à se plaindre, l’activité va plutôt très bien. Mais on sort d’un moment de surchauffe, accompagné de problèmes en termes de hausses de prix et des taux d’intérêt. Et la crise actuelle ne nous plaît pas trop…
Je suis assez âgé, donc j'ai connu des périodes dans les années 70-75, où se construisaient 600 000 logements par an, [dont 550 000 logements construits en 1973, d’après l’Insee, NDLR]. Quand tout allait bien, il y avait une création d'emplois annuelle dépassant les 30 000 personnes.
On a peut-être été un peu loin. Maintenant, il ne faudrait pas que dans les années qui viennent, il y ait 30 000 salariés en moins chaque année.
N’allons pas non plus vers les 600 000 constructions. Il ne faut pas rêver, ce ne sera plus jamais le cas. Le bon rythme de croisière est à 350 000.
Et c’est bien, car aujourd’hui, on construit mieux. Quand on va en banlieue, dans les villes, on voit de très belles réalisations. Mais ces belles créations-là sont possibles qu'avec le savoir-faire d’entrepreneurs, de poseurs, et d’architectes qui travaillent très bien.
Il faut que les perspectives deviennent meilleures. Sinon des gens vont se détourner du bâtiment. Et là, on va regretter, parce que retrouver ce savoir-faire sera de nouveau difficile.

Redonner le goût de travailler dans le bâtiment
Au sein de Rairies Montrieux, nous étions 75 personnes il y a cinq ans. Aujourd’hui, nous sommes 130. Nous avons embauché assez facilement, des manutentionnaires comme des cadres. Il n'y avait pas d'ingénieur chez nous il y a 20 ans. Aujourd'hui, il y en a quatre. On a pu aller vers les fonctions support, qui vont du laboratoire à un tas d’autres métiers (ordonnancement, etc.).
Pourtant, on est loin de tout : à 40 km d'Angers, à 50 km du Mans. On ne peut pas dire que nous sommes basés sur dans des bassins extrêmement intéressants. Mais sur ces métiers-là, on a pu recruter autour de chez nous.

Dans les effectifs, 50 % ont entre 18-30 ans. Je suis patron depuis mes 20 ans et j'ai déjà du renouveler des équipes parties à la retraite, et je peux vous le dire : les jeunes d'aujourd'hui sont aussi motivés que les jeunes d'il y a 50 ans. Car qu’importe la génération, les jeunes ont toujours besoin de liberté financière, de payer leur permis de conduire et leurs études…
On a sollicité beaucoup dans la maintenance, mais je pense aussi à notre directeur commercial, arrivé il y a dix ans. Même s’il habite à des kilomètres de notre usine et que le monde de la brique est très petit - 4 500 à 5 000 personnes, il a su trouver sa place.
Il faut dire qu’on essaie de donner du sens au travail de chacun. Par exemple, tous les ans, à Noël, nous faisons un déplacement sur une réalisation qu’on a fourni. Le prochain sera à Paris, sur différents chantiers importants en cours. Cela donne à nos employés une reconnaissance de leur travail au quotidien. Rien qu’avec notre participation sur le Village des Athlètes, les gens sont très fiers.
Rémy Montrieux
PDG de Rairies Montrieux
Photo de Une : Rairies Montrieux