Dans le pays de Montbeliard, la résistance s'organise ...

Créée fin 2003, l'association locale "Le poumon vert", qui revendique 500 adhérents, a multiplié les actions au cours des derniers mois pour signifier son hostilité au projet porté par la Communauté d'agglomération de Montbéliard (CAPM). Procédé récent en France, consistant à associer des déchets végétaux et boues d'épuration pour les transformer en compost, le co-compostage est généralement présenté, y compris par les écologistes, comme une solution de traitement des boues satisfaisante du point de vue de l'environnement et bénéficiant d'une meilleur image auprès de la population que l'épandage agricole ou l'incinération.
Cette réputation n'a pas convaincu le "Poumon vert" dont les membres craignent les nuisances olfactives de la future usine, située à quelque 700 mètres des premières habitations et d'une école, les risques d'infiltration de polluants dans les sols ou les conséquences sur la santé à long terme. Impasse "
Aucune étude ne s'est jamais intéressée à l'impact de ces usines sur la santé. A court terme, nous redoutons les odeurs pestilentielles dégagées par plusieurs centres de ce type que nous avons visités en France", s'inquiète Paul Lombard, vice-président de l'association. C'est notamment à Cernay (Haut-Rhin) que les opposants ont humé les effluves redoutés : depuis sa mise en fonctionnement, il y a trois ans, l'usine de co-compostage de cette commune alsacienne indispose la population à force d'odeurs nauséabondes.
La CAPM assure cependant que les deux installations diffèrent et qu'à Fesches, les tonnages seront moins importants, le bâtiment entièrement fermé et désodorisé. "Le co-compostage, c'est le meilleur dossier qui existe, les techniciens sont formels, nous avons toutes les autorisations", assure Louis Souvet, président de la CAPM et maire (UMP) de Montbéliard qui défend le projet évalué à 6 millions d'euros pour le traitement, à terme, de 15.000 tonnes de boues par an.
"Mais pourquoi sacrifier l'une des rares forêts du pays de Montbéliard en implantant une usine ?", déplorent encore les opposants qui dénoncent également "l'absence totale de concertation" avec les habitants préalablement à la décision des élus de la communauté d'agglomération. Dans l'impasse, les deux camps ont déployé leur arsenal juridique : la CAPM attend le résultat d'un référé déposé pour faire évacuer les importuns, tandis que les défenseurs du site, à peine sensibles aux températures glaciales, sont prêts à tenir le siège jusqu'à l'examen des recours déposés devant le tribunal administratif pour stopper le chantier.
Par Sophie MAKRIS