Gaz renouvelable : des ambitions à accélérer selon la filière

Les concertations autour de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) touchent à leur fin. Un objectif est annoncé : 44 à 79 TWh PCS de biométhane injecté d’ici 2035. Soit quasiment le quadruple des 12 TWh produits en 2024.
La filière du gaz renouvelable - réunissant le Syndicat des énergies renouvelables (SER), Gaz et Territoires, GRDF, NaTran et Teréga - estime cette fourchette peu ambitieuse, bien qu’elle soit « conforme aux trajectoires de développement », déclare-t-elle dans un communiqué, à l’occasion de la publication du 10ème panorama des gaz renouvelables, le 3 avril.
Production en hausse, mais des installations au ralenti
Premier constat : la production de gaz renouvelables, reposant principalement sur le biométhane, a bondi de 27 % en 2024. Elle atteint 11,6 térawattheures (TWh) de biométhane, contre 9,1 TWh en 2023. Soit la consommation d'énergie de 756 000 foyers ou de 40 000 camions et bus, apprend-on dans le rapport.
3,2 % de la consommation française de gaz naturel vient de la méthanisation de biodéchets (agricoles, ménagers, etc.)
Relevons toutefois un « net ralentissement des mises en service », avec 79 nouvelles installations en 2024, sur 731 au total. Un chiffre qui décline comparé aux 139 mises en service en 2023, 149 en 2022 et 151 en 2021. Le niveau d’installation reste « équivalent à 2019 ».
En cause : un « manque de visibilité économique des dernières années ». « La réduction des aides publiques, couplée aux crises récentes, a limité la dynamique du secteur. Bien que les mesures prises cette année aient permis un léger redressement, il est crucial de maintenir cette direction pour garantir la pérennité du secteur », est-il détaillé dans le communiqué de la filière.
Selon les auteurs du panorama, « la tendance se prolongera en 2025 ». « Je le répète à chaque fois, avec presque deux tiers de l'énergie fossile importée, l’Europe et la France ne sont absolument pas dans cette situation de souveraineté et d'autonomie stratégique », appuie Jules Nyssen, président du SER, lors d’une présentation du panorama.
Accompagner la filière, sur le plan économique comme réglementaire
« Coproduit de la méthanisation, le bioCO₂ est une ressource stratégique pour la décarbonation. Capturé, il peut soit être valorisé dans l’agroalimentaire ou la production de e-carburants, soit être séquestré. Les projets GOCO₂ (Saint-Nazaire), DKHARBO (Dunkerque) et Pycasso (Sud-Ouest) montrent l'importance de structurer et d’accompagner une filière française du CO₂ », soutiennent les organisations défenseures du gaz renouvelable.
Plusieurs leviers sont à activer, d’abord les dispositifs de soutien à la production, en particulier sur les petites installations agricoles. D’autant que les méthaniseurs permettent de produire de l’engrais, « et ce n’est pas négligeable en termes de souveraineté alimentaire, puisque aujourd'hui, les engrais sont encore très largement importés », notamment de la Russie, souligne Jules Nyssen.
« Ce qu'on voit quand même sur cette année 2024, c'est une dynamique nouvelle qui s’installe, parce qu'on a beaucoup plus d'analyses demandées », note également Laurence Poirier-Dietz, directrice générale de GRDF. Plus précisément, +34 % d’études détaillés ont été commandées. « Les porteurs de projets nous contactent pour savoir quelles seront les conditions d'accompagnement d’installation », rapporte-t-elle.
Avec 70 % des équipements installés d'origine française et 3 milliards d'euros annuels de chiffre d'affaires, le gaz renouvelable est présenté comme une richesse pour les territoires et l’industrie. « Le gaz renouvelable est tout à fait en situation d'atteindre ce qu'il faut pour avoir la neutralité carbone en 2035 », commente M. Nyssen.
Des dispositifs, comme l’Incitation à la Réduction de l'Intensité Carbone des Carburants (IRICC) pour la mobilité, voire les certificats de production de biogaz (CPB), sont des avancées importantes. Sur le CPB, la filière souhaite tout de même une clarification rapide sur la trajectoire de restitution post-2028, afin de maintenir les investissements.
Alors que la loi TRACE tend à assouplir l’objectif Zéro artificialisation nette (ZAN) des sols, les professionnels du gaz renouvelables réclament aussi un « cadre dérogatoire » à la sobriété foncière, afin de « permettre l'implantation de nouveaux projets ».
Donner la chance aux « technologies innovantes »
« Il faut aussi qu'on puisse rapporter du soutien à la reconnaissance du biométhane pour les personnes, les industriels ou les secteurs qui vont [en] consommer », appelle Sandrine Meunier, directrice générale de NaTran. En sachant qu’aujourd’hui, les industriels misent énormément sur la captation de CO2, au détriment du biométhane.
D’autant que, selon Mme Meunier, il y a intérêt à opter pour diverses « technologies innovantes » et complémentaires au biométhane. « Avec 49 projets de pyrogazéification et 24 projets de gazéification hydrothermale identifiés en France lors de deux appels à manifestations d’intérêt, il est urgent de faire émerger les premiers projets industriels », affiche la filière.
Les chercheurs, entreprises et start-ups ont toutefois besoin de financements pour « leur industrialisation à grande échelle », selon elle.
L’hydrogène aussi a des avantages, capable de transformer « l’électricité renouvelable en un gaz flexible et stockable », face à « des énergies renouvelables intermittentes », comme décrit Carole Foissaud, adjointe au directeur général de Téréga. « Des projets intra-hub (MosaHyc, RHYn, Hynframed) et inter-hub (BarMar, HySoW, HY-FEN) renforcent les infrastructures reliant producteurs, consommateurs et stockeurs », lit-on en outre dans le communiqué des organisations.
Virginie Kroun
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