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L’environnement et le logement négligés par le remaniement ?

Publié le 12 janvier 2024

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Les premiers choix annoncés pour le remaniement suite à l’arrivée de Gabriel Attal en tant que Premier ministre ne plaisent pas à tout le monde. Certains déplorent notamment que Bercy absorbe la transition énergétique, et que le logement n’ait toujours pas de ministère de plein exercice.
L’environnement et le logement négligés par le remaniement ? - Batiweb

Deux jours après l’arrivée de Gabriel Attal à Matignon, les premiers noms des ministres qui constitueront son nouveau gouvernement ont été annoncés le 11 janvier. D'autres noms restent à révéler. 

Une chose est sûre : ce remaniement est un bal de polémiques, entre l’arrivée de Rachida Dati au ministère de la Culture - « trahissant » son parti Les Républicains et mise en examen pour corruption dans l’affaire Carlos Ghosn - et la fusion du ministère des Sports et celui de l’Éducation nationale, tous deux chapeautés par Amélie Oudéa-Castéra.

 

La transition énergétique sacrifiée sur l’autel de Bercy, s’inquiètent les ONG 

 

Mais il y a une fusion qui préoccupe particulièrement les défenseurs de l'environnement : le ministère de l’Économie et des Finances absorbe la transition énergétique. Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique de plein exercice et chargée du climat, quitte son poste. 

« Avoir la responsabilité de l'énergie, c'est se donner les meilleures chances d'accélérer la réindustrialisation du pays et la réalisation du programme nucléaire français », se réjouit dans Le Figaro Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, qui reste à Bercy. Le transfert de l’énergie est encore à confirmer dans des décrets d’attribution. Leur date de publication n’a pas été précisée. 

WWF France trouve « inquiétante » la « disparition du ministère de la transition énergétique dans l'organigramme gouvernemental et son rattachement au ministère de l'Economie ». « C’est un recul de 15 ans. Comment le Premier ministre pourra-t-il encore prétendre être en charge de la planification écologique et de la planification énergétique alors que ces deux portefeuilles seront à nouveau écartelés entre des ministères et des intérêts opposés ? », déplore l’ONG. Seul « gage de stabilité », le maintien de Christophe Béchu à la Transition écologique. 

« Il nous reste tant à faire », déclare l’intéressé sur X. Il évoque plusieurs chantiers : « l'adaptation de notre pays aux conséquences du dérèglement climatique, le développement d'une économie plus durable, la planification écologique dans tous nos territoires ». 

« Un très mauvais signal » pour Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat (RAC). « C’est casser une organisation qui datait de 2007 où la transition écologique était le fil conducteur entre l'énergie, les transports, le logement », ajoute-t-elle. 

Et les énergies renouvelables dans tout ça ?  

 

S'il y a bien un secteur inquiet de cette fusion entre Bercy et la transition énergétique, c'est celui des énergies renouvelables. « On peut être surpris de l'absence d'un ministère de l'Énergie de plein droit, notamment après qu'on ait connu en 2022 une crise énergie historique, qui n'est pas un sujet derrière nous », note Michel Gioria, délégué général de France Renouvelables.

Et d'ajouter : « L’enseignement des 18 mois passés est que si l'on veut une politique énergétique efficace, il faut une maîtrise technique, une capacité d'écoute et un suivi très fin, sur le terrain, de tous les éléments : nucléaire, renouvelables, plan de sobriété... Il ne faut pas que ce grand ministère nous en éloigne ». 

Alors que Bruno Le Maire semble mettre l'accent sur l'énergie de l'atome, « il y a une réalité: l'énorme travail de RTE [le gestionnaire du réseau électrique, NDLR] sur les différents scénarios énergétiques montre que les seuls leviers de production disponibles d'ici 2035 sont les énergies renouvelables », solaire et éolien notamment, rappelle M. Gioria. « Les décisions de politiques publiques doivent s'appuyer sur des faits. Tout écart aura des conséquences lourdes pour les Français notamment en termes de sécurité d'approvisionnement et de prix de l'énergie », prévient-il

Du côté du Syndicat des énergies renouvelables (SER), la suppression d'un ministère de pleine exercice est « un mauvais signal quant au volontarisme politique », juge son président Jules Nyssen. D'autant que le remaniement intervient après la publication d'un avant-projet de loi sur la souveraineté énergétique, qui fixe des objectifs chiffrés pour la relance du nucléaire. Les renouvelables électriques (solaire et éolien) n'y semblent pas à l'ordre du jour.

« Au moment où les maires doivent travailler sur des zones d'accélération des renouvelables, où se prépare la planification de l'éolien en mer, où des investisseurs s'interrogent sur le fait de soutenir de futures gigafactories françaises, les signaux depuis le début de l'année ne sont clairement pas positifs », affirme M. Nyssen, avant de souligner : « Nous ne sommes pas contre une relance du nucléaire, mais elle ne peut être un prétexte pour dire qu'il n'y a pas de besoin d'énergies renouvelables ou pas besoin de se poser des questions sur l'efficacité et la sobriété énergétiques. Tout cela se tient, et cette équation globale, tout le monde la connaît ».

 

Le logement, toujours pas une priorité dans ce remaniement
   

Autre crispation face à ce remaniement : l’absence, encore une fois, d’un ministère du Logement de plein exercice. À rappeler que l'actuel ministre du Logement Patrice Vergriete, ancien maire de Dunkerque, est sous la tutelle du ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. 

La reconduction de M. Vergriete à ce poste n’a pas été confirmée lors des annonces faites par Alexis Kohler, secrétaire général de la présidence. Contacté par l’AFP, le ministère du Logement a assuré qu'il s'agissait d'une première vague de ministres « rattachés au Premier ministre ». Une seconde série sera désignée ultérieurement. 

Des explications qui ne plaisent pas aux acteurs du secteur. À commencer par Emmanuelle Cosse, ex-ministre du Logement et présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH). « Je déplore l'absence d'un ministre du Logement de plein exercice, doté des moyens nécessaires pour lutter contre la crise dure qui pèse sur nos concitoyens et menace l'emploi », a-t-elle déclaré sur X. « C’est inadmissible, alors même que la crise est d'une violence inédite », commente-t-elle auprès de l’AFP.

« Qu'ils n'annoncent pas de nomination du ministre du Logement alors qu'il y a une crise du logement, ça dépasse l'entendement », s’indigne Gilles Leproust maire PCF d’Allonnes et président de l'association Ville & Banlieue. « Incroyable d'inconséquence ! », fustige sur X le député de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu (PCF), dénonçant « une déconnexion totale avec la réalité ». « À nouveau, le ministère du Logement passe à la trappe. Ce devrait être la priorité des priorités, et ce remaniement l'oublie », tâcle le député écologiste Julien Bayou. 

Du côté de la fondation Abbé Pierre, règne plutôt une sentiment de lassitude. Manuel Domergue, directeur des études de l’association, parle d’une « continuité de ce qui se passe depuis 2017 ». « C’est ce qui s'est passé en juillet et aussi la fois d'avant. Ça confirme que le logement n'est pas un grand sujet pour ce gouvernement, et qu'il ne mérite pas un ministère », précise-t-il à l'AFP. 

« Le gouvernement marque son mépris face à la crise que traverse ce secteur », selon la FFC

L'absence d'un ministère de Logement à part entière ne manque de décevoir la Fédération Française des Constructeurs de Maisons Individuelles (FFC). 

« Encore une fois, le gouvernement marque son mépris face à la crise que traverse ce secteur, que vivent les Français », regrette son président Damien Hereng. 

« Les défis complexes du logement en France et d'accès à la propriété, notamment en matière de construction de maisons individuelles, sont systématiquement niés dans les décisions politiques récentes. L'absence d'un ministère dédié est un signal alarmant pour le secteur et pour les millions de Français qui rêvent d'un chez-soi. Sans une stratégie gouvernementale claire et cohérente, la crise du logement continuera de s'aggraver, écartant encore plus les citoyens de la réalisation de leurs aspirations à la propriété », poursuit-il. 

« Nous sommes et restons un interlocuteur engagé et constructif et nous continuerons à promouvoir activement la vitalité de notre secteur, en ces temps économiques instables. Les périodes de crise demandent des mesures audacieuses, et nous serons présents pour assurer que les enjeux du logement et de la maison individuelle si chère aux Français restent une priorité absolue », indique M. Hereng.


Virginie Kroun
Photo de Une : X @GabrielAttal

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