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Rénovation énergétique : « Il ne faut pas que le remède soit pire que le mal »

Publié le 27 juin 2023

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En mai, le Club de l'Amélioration de l'Habitat (CAH) dévoilait sa dernière enquête sur les « habitants-consommateurs » de la rénovation énergétique. Des chiffres sur lesquels Jean-Pascal Chirat, délégué général du CAH revient pour Batiweb. Entretien.
Rénovation énergétique : « Il ne faut pas que le remède soit pire que le mal » - Batiweb

Dans sa dernière enquête sur les « habitants-consommateurs » en rénovation énergétique, le CAH a révélé que l’isolation des combles arrive en première place des postes de travaux, alors que les aides financières privilégient le remplacement de chauffage. Un commentaire ?

Jean-Pascal Chirat : Pour le grand public, telle que l’étude le précise, ce qui permet de réduire sa consommation d’énergie, c’est en priorité de mieux isoler sa maison. Maintenant, il est vrai qu’à partir du moment où l’habitant-consommateur entre dans le processus d’interrogation, il suit une démarche où il va être éclairé sur ce qui existe aujourd’hui en termes d’aides. Il se renseigne donc auprès des sites publics, sur des aides immédiates. Et sur un calcul rapide, ce maître d’ouvrage est enclin à s’orienter sur ce qui peut lui rapporter le plus tout de suite. En la circonstance, c’est ce qui se passe avec les aides pour le remplacement d’une chaudière par pompe à chaleur.

En quoi le remplacement d’un système de chauffage est une solution plus rapide selon vous ?

Jean-Pascal Chirat : Tout d’abord, la durée de vie des équipements thermiques est limitée. Le parc existant de chaudières domestiques, de l'ordre de 13 millions d'équipements, connait un taux de remplacement moyen d'environ 5 %. Donc, chaque année, entre 500 000 et 600 000 machines deviennent obsolètes ou hors service, devant être remplacées.
 
Deuxième point, pas neutre, porte sur la question de la consommation d’énergies fossiles, avec l’impact carbone qu’elles génèrent. La réglementation impose l'interdiction d'installation de chaudières fioul depuis le 1er juillet 2023.
 
Les règles sont données par des orientations politiques. Ces orientations politiques sont formalisées par divers dispositifs réglementaires. Et c'est dans ce cadre qu'a été fixée une priorité au remplacement des générateurs thermiques à énergies fossiles par des équipements thermodynamiques ou autres solutions EnR.  
 
Maintenant il est pertinent de le faire avec mesure, et d’abord parce qu’il faut que cette solution corresponde aux capacités financières des ménages et aux adéquations techniques. Il apparait également important qu'une massification non régulée des telles options ne vienne enrayer les capacités de production des fabricants régulièrement certifiés, risquant de générer des importations massives de produits échappant aux processus de contrôle.   

Quels choix peuvent permettre, avec mesure, cette transition énergétique du parc du chauffage ?

Jean-Pascal Chirat : D’abord en évitant le barrage, sans alternative immédiate, aux solutions de chauffage fossiles, comme l’interdiction des chaudières gaz. Il est bien admis que cela sera à terme une finalité, mais il faut peut-être donner un peu de temps au temps, plutôt que de laisser des utilisateurs sans solution de remplacement économique, pouvant venir augmenter la précarité énergétique. Il ne faut pas que le remède soit pire que le mal.
 
Le sujet est donc bien de trouver des options techniques alternatives rapidement opérationnelles. On ne peut pas remplacer l’intégralité du parc de chaudières fioul, du jour au lendemain, par des solutions de type thermodynamique pour plein de raisons. D’abord il n’y a pas assez de monde pour faire le job. Deuxièmement, dans les technologies de ces solutions, on n’a pas les réponses à tous les cas de figure, notamment tout ce qu’on appelle la haute température, la haute puissance, etc.
 
À noter qu’il serait plutôt opportun de développer des solutions hybrides. Or elles ne se développent pas, alors qu’il s’agit là d’une technologie très astucieuse, en réponse à des cas de chaudières fioul trop puissantes pour pouvoir mettre une PAC en mono-solution.
 
Il est essentiel également de prendre en compte le fait qu’on est aujourd’hui capable de réduire l’impact carbone du gaz naturel ou du fioul par l’adjonction dans ces combustibles d'énergies biosourcées, que ce soit du méthane ou de l’esther de colza pour le fioul. Le F55 est par exemple quasiment prêt et il serait certainement profitable d’accélérer sa mise en marché, pour pouvoir le déployer en solution de remplacement pour à peu près 1 million de brûleurs fioul domestiques vieillissants. 

Autre observation dans votre dernier baromètre :  l’influence de l’entourage sur la démarche de travaux est toujours plus forte que celle de l’artisan. Qu’est-ce que ces informations reflètent ?

Jean-Pascal Chirat : Vous interrogez des gens qui projettent d’effectuer des travaux. La première intention que tout un chacun peut avoir, c’est d’interroger son entourage. Alors aujourd’hui on a le réflexe Internet, avec une certaine méfiance, car les gens savent qu’Internet peut amener des arnaques.
 
On interroge des gens en qui on a confiance. C'est en effet le maître mot qui conditionne les décisions de travaux de rénovations, d’autant que ceux-ci peuvent souvent générer un budget conséquent.
 
Le professionnel se situe quand même immédiatement en seconde position. Le professionnel tient une position majeure qu’il est important de défendre et les particuliers expriment des attentes fortes vis à vis d'eux, qui ne doivent pas être déçues. 
 
Et quand certaines presses, plutôt télévisuelles, dénoncent à l’envie tous les scandales en faisant des cas d’école, cela laisse à penser au particulier qu’il a intérêt à se méfier. C’est difficile de rectifier la vérité. Il peut toujours exister des cas particuliers. Maintenant, il y a 350 000 entreprises du bâtiment en France, lesquels dans leur immense majorité qui sont très sérieux.
 

La rénovation énergétique est-elle l’occasion pour les artisans du bâtiment d’affirmer leur rôle ?

Jean-Pascal Chirat : Je pense que c’est ce qu’ils font aujourd’hui. Le problème, c’est que les artisans sont souvent cloisonnés dans leurs expertises et n’ont pas forcément acculturé d’autres compétences.
 
De plus, aujourd’hui on a subi un certain déficit d’emploi qualifié, notamment dans la rénovation énergétique. Si bien que les entreprises qui peinent aujourd’hui à recruter, répondent en fonction de leur capacité. Mais en laissant filer les clients parce qu’ils ne peuvent pas les traiter, au niveau collectif, global, on ne répond aux objectifs nationaux de rénovation énergétique. 

Surtout en termes d’objectifs de rénovation énergétique globale, de plus en plus encouragée face à la crise énergétique… 

Jean-Pascal Chirat : Objectivement, le but attribué à Mon Accompagnateur Rénov’ est de pouvoir amener une partie des particuliers réalisant des rénovations par geste, à les guider vers des rénovations plus globales ou par étapes.

Mais quelles sont les véritables attentes des particuliers vis à vis de Mon Accompagnateur Rénov’

Jean-Pascal Chirat : Les attentes sont clairement exprimées : il faut qu’il y ait quelqu’un de physique, qu’il ait une vision globale, qu’il puisse avoir un avis transversal et objectif, et dire « Oui, il est judicieux dans votre cas d'envisager des travaux de rénovations à une échelle globale ». C’est très possible de les engager rapidement, des entreprises spécialisées sont en mesure de les réaliser simultanément ou par étape de façon coordonnée. Et ça, un particulier peut entendre ce discours.


Y a-t-il des efforts à mener sur les améliorations des financements de la rénovation énergétique, notamment de la part des banques ?

Jean-Pascal Chirat : Les financements qui doivent aider la rénovation énergétique, ce sont souvent des financements de reste à charge.
 
Et en effet aujourd’hui, on privilégie pour les travaux domestiques des prêts à la consommation, des prêts courts termes, qui peuvent être assez élevés en coût. Il y a une vraie réflexion sur des solutions de financement qui permettraient de couvrir de travaux de rénovation énergétique, sous la forme de prêts de type immobiliers de plus longue période, donc des annuités et mensualités plus faibles. 
 
Il y a pour cela des nouvelles solutions, tel que le prêt avance travaux qui a été proposé par le rapport Sichel. Il se base sur la valeur patrimoniale du bien et pourra se rembourser lorsque le patrimoine sera vendu et cédé aux héritiers. 

Rappelons que la rénovation énergétique a de beaux jours devant elle pour autant qu'elle soit accompagnée par des professionnels qualifiés, stimulée par des offres attractives et encadré par un dispositif réglementaire stable.  
 
Propos recueillis par Virginie Kroun
Photo de Une : Jean-Pascal Chirat

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